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 Sagar Ôoka-Nder

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Sagar Ôoka-Nder

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MessageSujet: Sagar Ôoka-Nder   Sam 27 Mar - 1:39



Numéro : 02X0525-3027
Nom : Ôoka-Nder
Prénom : Sagar
Pseudonyme : Lola
Âge : 29 ans


Danseuse au Rêves et conteuse à ses heures perdues : Métier
Raimyo, au fond des Décombres : Lieu de vie
Raimyo, au Rêves : Lieu de travail
Ios : Loge





{ QUI ÊTES-VOUS ?



Sagar, c'est la nostalgie. Pas celle d'un passé qu'elle n'a que peu connu, non, mais surtout d'un ailleurs dont elle n'ignore rien, d'un lieu hors du temps, loin des troubles d'Uros, où tout est fait de mots qu'on ne prononce pas, de soupirs sur l'herbe, d'un air bleu, pur et frais. Elle en rêve la nuit, étendue sur sa paillasse sale et humide qui se change en panthère, large félin doux et grondant qui la conduit à travers les cieux ; elle s'y croit la journée, couverte d'oripeaux qui deviennent des serpents amoureux, ou dénudée au milieu des regards qui coulent sur son corps comme une étoffe de reine. Les mots qu'on lui crache vibrent comme les murmures de la faune sous un soleil trop fort ; elle n'entend rien, mais soupire beaucoup. La musique seule parvient encore à se glisser au sein du bourdonnement qui recouvre le monde, et dont les voix ne sont qu'un grésillement de plus. Elle pourrait bien comprendre les lèvres, si celles-ci s'intéressaient plus à lui signifier des phrases qu'à courir sur sa gorge – mais son corps a, semble-t-il, plus d'intérêt que ce qu'il abrite. Elle s'y est fait, ne s'en plaint pas, et ondule désormais sous les feux de la nuit sans plus chercher à partager les images que sa passion lui souffle.

Il n'en fut pas toujours ainsi. Autrefois, à une époque trop lointaine pour que ses souvenirs l'aient conservée, on l'écoutait bien davantage, on vénérait les mots dorés qui coulaient de sa bouche. Elle n'en a plus qu'un vague écho, des réminiscences floues ; c'est que sa mémoire, trop occupée par les rêves qui y grimpent comme un lierre, n'a plus la place pour préserver ce qui date ... de plus d'un an. Mais après tout, un an, n'est-ce pas l'éternité dans la vie d'une mouche ?

Sagar n'a pas grand intérêt : elle n'apporte rien à l'empire, vit sur le dos des bons citoyens, ne sait rien faire d'utile, n'est rien qu'un de ces êtres pauvres et répugnants, boulets de la société, qui agonisent à ses dépens. Ce monde ne veut pas d'elle, depuis toujours elle le sait bien – voilà pourquoi sa vie passe trop vite dans la rivière de ses rêveries, en ignorant comme elle peut les rivages hostiles qui l'entourent et la dirigent. Il fut un temps où son imagination de petite fille enthousiasmait autant que sa souplesse ; on la voyait dans les plus beaux théâtres, devant la Lux impressionnée, à émouvoir et faire pleurer les plus grands. Elle avait du talent, pour une enfant née des poubelles ... Il s'est perdu dans la misère. Tout son talent aujourd'hui consiste à éveiller un enthousiasme bien plus matériel chez les quelques autres rebuts qu'Uros charrie dans les bas-fonds. Oh, elle n'y voit rien de dégradant, ou ne veut rien y voir : tant que les mains ne la touchent pas, qu'importe ? La chasteté ne veut rien dire, dans les Décombres ; Sagar s'en accommode, tâtonne un corps ou deux de temps à autres, quand la chaleur se fait trop rare. Le reste du temps elle est un homme, efféminé mais bourru : derrière sa lassitude crasse à lui se cache sa mélancolie à elle.

Sa voix cassée, pourtant douce, morceaux de verre sur du velours, peut tenir des conversations ; mais elle n'est pas intelligente. Tantôt ses idées s'égarent et sa langue seule fait pendouiller quelques phrases toutes faites, maussades et creuses, tantôt les lèvres vont trop vite ou les sons ne parviennent pas à percer les vrombissements de ses tempes. Elle sait dire non, le crier même, mais rarement on la prend au sérieux : alors ses grands bras encerclent son corps, elle tombe au sol, ses yeux se voilent, et le monde s'efface parfois pour des heures cauchemardesques.

On dit qu'il est plus doux de rêver à deux ; mais Sagar ne partage plus. Quelquefois encore il lui prend des élans d'éloquence qui la précipitent au bas de chez elle où la retrouvent les enfants du quartier : un instant sages et muets, ils l'encerclent, fixent son corps tâtonnant et ses yeux aveugles, écoutent religieusement les psaumes que ses lèvres vomissent, jusqu'à ce que les mots, d'abord trébuchants, s'emboîtent et se changent en images. Les enfants voyagent sur sa gorge, elle se plait à les entraîner dans les méandres de ses utopies, voguer dans ses ruines oniriques. Le reste du temps, les morveux jouent bruyamment, lancent des cailloux sur ses genoux, des sobriquets sur ses épaules : elle est sale et bizarre, la Lola ! On se tait pour ses histoires, mais de là à la respecter ... pas fou ! Alors elle se cloître dans sa chambre grise, fœtus maigre sur l'unique matelas troué, et emplit la pièce de ses fantasmes hauts en couleur.




Si la Terre et ses régions avaient encore un sens, on ne saurait situer Sagar. Des millénaires de mélange ont fait couler dans ses veines les origines les plus diverses, et leur mariage incongru, s'il put sans doute pour d'autres engendrer la beauté, fut plus avare avec ceux de sa lignée. Sous des cheveux filasses et plats, mais que quelques soins ont rendus vaporeux, un large front se dresse, gonflé comme une voile, parfaite illustration de l'étendue du monde qu'il renferme, et coupé par les lames fines et figées de sourcils presque imberbes. Les yeux sont longs et étroits, coupés au couteau, comme au Japon d'autrefois, et les bords en semblent tout juste cicatrisés, à peine gonflés mais profonds, donnant du vertige au blanc. Noyés dans cette blessure, des pupilles vibrionnent, où le noir a du mal à percer un marron teinté de gris trop flou. Le nez sans doute est le plus délicat de la physionomie : long et fin, courbé comme un aigle à son bout, salutation au doigt de l'ange à peine marqué – vestige, peut-être, de quelques traits sémites. Et la bouche, rarement souriante, grimaçante souvent, aux lèvres pincées, donne un air de hauteur que Sagar ignore pourtant. Le menton, pointu, plat, termine un visage livide sur lequel semblent se battre toutes les contradictions de la race humaine. S'il est laid, ce sera à vous d'en juger ; mais particulier, sans aucun doute, et porteur d'une aura troublante, dérangeante à défaut de charismatique.

Le corps n'est pas différent : rendu maigre par la modestie des repas, cependant sculpté par la danse, mais pas vraiment musclé pour autant. En conséquence, les bras et les jambes semblent longs, comme ses mains un peu osseuses ; le ventre porte une rondeur à laquelle les hanches ne font pas écho ; les jambes se perdent dans des chevilles à l'air cassé. Sous ses épaules rondes, la poitrine est petite et lâche, les aréoles étendues, le bout du sein ferme et beige. Le reste de sa peau, si fine qu'on croit distinguer courir quelques veines par endroits, a, sous un aspect mat, des reflets blancs et jaunes, comme une perle de mauvaise qualité. Si de face elle parait bien plate, surtout dans la façon dont son bassin fait saillir les os sur une verticale parfaite, le dos est cambré et les fesses étonnamment pleines. Les jambes, légèrement arquées, ont jusques aux genoux une souplesse bien marquée, quoique frissonnante dans les instants de trouble, si bien qu'on la croit prête à s'effondrer à tout moment. Mais quand elle danse, tout cet ensemble disparate s'unit en un même mouvement, ondulatoire ou saccadé, une grâce étrange apparaît, et sa chair devient hypnotique.

Sagar n'est pas bien belle, son corps n'a pas les courbes parfaites de ses plus charmantes collègues, mais les mouvements qui l'habitent ont un degré d'élégance qui, même chez les plus profanes, ne manquent pas de captiver. Et puis les goûts des spectateurs de son théâtre morbide aspirent moins à la perfection d'une Vénus terrestre qu'à l'étalage sans subtilité de la chair d'une femme ... Ce qu'elle est, quoi qu'on en pense. Car si la moitié de sa vie la laisse dévêtue, l'autre la couvre de larges tissus et de bandeaux sur la poitrine – seule protection contre les appétits parfois bestiaux des hommes des Décombres. Beaucoup la connaissent assez pour ne pas se laisser leurrer, soit pour l'avoir trop admirée au Rêves soit pour vivre dans son entourage ; mais ceux chez qui la vision de ses traits bien particuliers n'éveille aucun souvenir ne voient dans sa silhouette courbée, cheveux cachés dans un col large et courbes étouffées sous des manches et des pantalons épais, rien qu'un pauvre paumé de plus, drogué sans doute, pauvre sûrement et donc dépourvu d'intérêt. On fiche la paix à ce Sagar-là.






{ TRANCHE DE VIE


L'explosion est violente, son souffle fait trembler le sol, soulève des blocs comme des coquillages et les envoie voltiger en pluie lugubre et poussiéreuse sur les corps des alentours. Sagar vole, papillon désarticulé, les jambes dans le vide et les bras écartés ; elle ne ressent pourtant pas la chute – tout va trop vite, les images ont moins de réalité que celles de ses rêves. Son dos heurte soudain un mur, vague reste de ce qui fut une maison, son bassin craque, sa tête s'agite comme un ballon : en avant, le menton dans la gorge, un gémissement étouffé, puis en arrière, une lumière vive sous la rétine, du sang dans le cou, sur les épaules, du sang sur la poutre de fer où son crâne s'est fendu.

*

Elle ouvre les yeux lentement, perdue sur l'humidité d'un sol qui a teinté son corps. Des soubresauts l'agitent qu'elle ne peut contrôler. Le noir est épais autour d'elle, pesant comme un couvercle, il écrase ses épaules. Entre des cils trop lourds, elle distingue avec flou sa main droite dont l'index tressaute, tendu nerveusement vers un point invisible, morceau du néant qui l'entoure. Elle tente de lever cette main, de détendre ses doigts, d'en bouger quelques uns selon une volonté qu'elle croit être la sienne, mais rien ne fonctionne. Ses yeux roulent dans leurs orbites, affolés par les ténèbres environnantes qu'ils ne peuvent percer. Sa bouche tremble, sa gorge aussi, mais le long gémissement qu'elle pousse ne résonne que sur sa peau : les tympans dorment, pas douloureux mais anesthésiés, comme morts. Immobile, sourde et aveugle, elle tente de fuir ce cauchemar, mais la douleur lancinante qui parcourt son crâne et son corps l'empêche de se laisser aller aux images. Vient alors la réalisation la plus évidente : comment s'appelle-t-elle, déjà ? Un trou s'ouvre dans sa poitrine, qui semble engloutir tout son être dans une chute sans fin.

Elle ne cesse pas de sombrer lorsqu'une main étrangère saisit soudain son cou, le presse, puis glisse avec d'autres sous ses aisselles et ses genoux. La sensation de vertige que provoque son brusque soulèvement la fait tousser, vomir, puis perdre connaissance à nouveau.

*
    « Vous avez beaucoup d'dommages ... On a fait c'qu'on a pu et l'corps guérira, mais on vous conseille des opérations, surtout pour les oreilles ... L'cerveau faut voir, faudrait des examens en plus. Mad'moiselle ? »

Sagar cligne des yeux : elle vient de retrouver son nom. Tout autour d'elle est encore trouble et sombre, mais elle parvient déjà mieux à distinguer les silhouettes qui s'agitent, le visage de la femme qui lui parle. Elle acquiesce, sans avoir compris ce dont on lui parle, pressée simplement d'être laissée seule, de rentrer chez elle reposer son front douloureux. Elle tâte son cou, sa nuque : des pansements sur ses doigts rendent le contact rugueux, mais elle sent la compresse et les bandages qui l'enroulent comme une piñata endolorie. La femme lui prend le poignet, avec douceur mais fermeté, et plante son regard dans le sien. Il y a quelque chose de compatissant au fond de ces yeux durs. Ses lèvres remuent sans bruit.

    « J'entends pas ... » gémit Sagar dans un râle qui lui brûle la gorge et le palais.

La femme se rapproche, les sourcils joints avec un air propre aux mygales – Sagar les connait, ces bestioles, pour avoir passé le court temps de ses études à les contempler dans les archives. La femme répète lentement :

    « Des opérations ... importantes ... faut ... tympans ... coûter ... koruna ... vie ... car ...
    J'ai pas d'sous. »

Les sourcils se froncent davantage, la poigne se ressert, accusatrice.

    « J'ai pas d'sous ! »

Il semble à Sagar qu'elle a crié. Elle n'en sait rien, à vrai dire, mais la femme a lâché son bras et disparu dans la foule. Elle demeure encore un instant assise dans le fauteuil inconfortable où elle s'est réveillée. Nulle explication ne vient, aucun soin supplémentaire, mais peu à peu sa vision s'éclaircit et ses idées s'alignent avec plus d'aisance. Son ouïe reste trouble, mais elle sent déjà percer, au lieu d'une simple absence de son, les prémices du perpétuel vrombissement qui ne la quittera plus.

Enfin, comme personne ne semble plus se soucier d'elle, elle se lève avec peine et cherche à tâtons la sortie. Elle règlera le reste plus tard. C'est que l'Hôpital l'insupporte, il lui faut le quitter au plus vite : tout ça lui rappelle trop ... quoi, déjà ? Des images floues se superposent aux murs blancs, mais qu'elle ne parvient pas à définir. Elle a fini son année militaire ici – mais pourquoi ? Il lui semble se rappeler quelques brimades de camarades, les mêmes qu'elle subissait à St Adrian's avant d'abandonner l'école, poussées cette fois à l'extrême ... C'est ici également qu'elle a perdu sa mère. Non ? Pourquoi ne peut-elle se rappeler ni le visage ni le nom de sa mère ? Les souvenirs se mélangent, se transforment, se perdent dans son esprit devenu hagard. Elle y pensera plus tard, à tête reposée.

Un 'plus tard' qui ne vint jamais.

*

Sagar titube lentement sur le chemin de sa maison. Elle a du mal à se remémorer les lieux – tout se ressemble tant ! Au tournant d'un taudis plus minable qu'un autre, un grand homme la saisit, lui susurre des mots qu'elle ne comprend pas, la touche, l'embrasse, la secoue. L'équilibre déjà précaire dans lequel elle avançait jusque là se rompt subitement : ses genoux cèdent, elle tente de se raccrocher à l'homme, hurle un cri strident qu'il est le seul à entendre. La bile, épaisse et amère, fuit ses lèvres sans qu'elle ne la puisse retenir. L'homme la repousse, dégoûté, frappe sa pommette et s'enfuie.

Sagar reste au sol un moment, triste et drôle répétition des mêmes évènements : une explosion dont elle ne saurait jamais l'origine, un homme inconnu et ses désirs trop fébriles ; son corps abandonné dans ses fluides, plus mort que vif. Un temps, puis elle se lève comme elle peut et trébuche jusqu'à chez elle où, sur ce même matelas accueillant depuis des années son sommeil, ses rêves et ses ébats, elle laisse s'écrouler les derniers lambeaux de sa mémoire. Avant qu'elle ne s'endorme, des réminiscences du passé lui reviennent, des traces de son enfance ; quand elle ferme les yeux pour plonger dans son monde, celles-ci disparaissent à jamais.

*

Quelques semaines plus tard, Lola retournait danser.





{ ORIENTATION POLITIQUE :


Vous intéressez-vous à la politique ? Oui [ ] _ Non [X]
Êtes-vous pour ou contre l'Empereur ? Pour [ ] _ Contre [ ] _ Neutre [X]





{ ET VOUS ~


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Code du guide du joueur :
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Dernière édition par Sagar Ôoka-Nder le Dim 18 Juil - 18:36, édité 11 fois
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MessageSujet: Re: Sagar Ôoka-Nder   Mar 30 Mar - 0:26

Personnage terriblement mystérieux, Lola =) !
Beaucoup de choses seront révélées au fil du jeu, j'ai l'impression !
Qui est-elle ? Que s'est-il passé ? Beaucoup de questions me viennent à l'esprit x) !
Que dire, à part qu'évidemment...

VALIDÉ

Au plaisir de lire les jolis contes de Lola :3
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Sagar Ôoka-Nder

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