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 Ainsi se fânent les étoiles | Pv

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Sagar Ôoka-Nder

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MessageSujet: Ainsi se fânent les étoiles | Pv   Dim 25 Juil - 0:07

Sagar laissait ses yeux las se promener sans s'attacher sur le corps ondulant qui attirait les lueurs et les regards du Rêves. La danse touchait à sa fin : bientôt son tour de monter sur la petite estrade pour s'offrir, sans pudeur ni regret, à la foule diffuse et morne. Il n'y avait rien de différent, ce soir, par rapport aux habitudes du lieu ; mais elle sentait bien que quelque part, parmi les multiples visages qui se pressaient dans ces ténèbres édulcorées, certains devaient vivre une journée particulière, porter sur eux, même tout au fond, des résidus d'aventure, des traces d'évènements exceptionnels dont la moitié des créatures d'ici-bas ne devaient pas même rêver ... Comme tous les soirs, elle chercha à travers l'encombrement de la salle un individu de ce genre, une perle parmi la marée – malgré la douleur naissante sous sa rétine, elle laissa son regard trouer les lueurs trop vives à la recherche de cette perle. Et comme chaque soir, elle ne trouva rien. Mais l'espoir, tout de même, gardait une petite place dans sa poitrine, et elle se plaisait à songer que cet être qu'elle-même n'avait pu dégoter serait bien obligé de la contempler, ne serait-ce qu'un instant : ainsi le contact avec l'extérieur et ses paillettes se ferait, dans un sens qui certes ne lui profiterait pas, mais dont l'imaginaire lui convenait.

La musique cessa sur une note plus violente ; la danseuse précédente frappa sa cuisse et, tournant le dos au public, s'éloigna après un salut empreint de vulgarité. Sagar ne soupira pas quand on lui fit signe de se préparer, mais se rendit lentement dans la petite loge au parfum entêtant de miel, de sueur et d'humidité. Alors que passait un morceau plus langoureux que le précédent, préparation pour les clients au nouveau style qui allait suivre, Sagar devint Lola lorsque le grand manteau sombre qui la recouvrait chuta de ses épaules, dévoilant sa peau livide que seuls cachaient quelques fines bandes de tissu bien ajustées sur l'aine et la poitrine. Elle appliqua un rouge sombre sur ses lèvres et ses joues, gonfla ses cheveux d'un coup de brosse, puis enduisit de talc ses mains et le dessous de ses pieds dénudés. Son morceau débuta enfin, l'invitant à rejoindre la piste, et elle pénétra sous les lumières avec une souplesse de félin, les orteils mordant le sol en cadence comme des tarentules peu pressées.

Des yeux se levaient, longeaient son corps, montant rarement au delà de son cou ou alors s'en détournant rapidement, car chacun savait que l'expression de Lola n'avait jamais rien de sensuel. Qui aurait voulu observer ces yeux vides et cet air morne – au delà du désespoir, comme abandonné à un état d'insensibilité après un trop plein de douleur – alors que les membres, plus bas, aspiraient l'attention de leur grâce un peu floue ? Ses hanches ne bougeaient pas autant que celles de ses collègues, mais il y avait dans l'ensemble de ses mouvements une harmonie certaine ; sa sensualité, si l'on pouvait en parler en ce terme, se présentait de manière bien plus diffuse.

La musique monta lentement : elle leva de même ses bras, jusque là arqués dans un angle lourd contre son bassin, et les déplia tels des roseaux ; ses doigts, un peu rigides, griffèrent l'air du bout de leurs ongles trop longs. Sa tête bascula en arrière, la bouche entrouverte sur l'émail grisâtre des dents, et ses épaules débutèrent leur ondulation méthodique tandis que les genoux se courbaient pour offrir à la posture un dynamisme crispé, une tension des muscles maigres attendant le début du rythme pour lâcher tout le corps comme un ressors incontrôlé. Lorsque l'écho des percussions retentit dans la salle, lourd et étouffé par la mélodie lancinante aux accents de flûte et de violons, les pieds de Lola quittèrent le sol pour n'y revenir qu'épisodiquement : les jambes semblaient perpétuellement chercher à s'envoler, s'enroulaient sur elles-mêmes ou se fléchissaient dans le vif et gracieux mouvement qui donnait au reste du corps l'impulsion nécessaire à quelques tours, sauts ou renversements maîtrisés. Elle offrait tantôt son dos dénudé au public, et le roulement de ses muscles hypnotisait avant même la courbure des bras, grands lys fatigués, ou l'abandon de la tête, comme enrobée de nuage, offerte aux lueurs et aux bruits.

La musique repartait et les mouvements se précipitaient, Lola tournoyait sur scène, faisait vibrer ses membres, perler de sueur sa peau trop éclairée, et une goutte de cette sève amère glissait sur sa tempe, son menton, le long de sa gorge, entre et sous ses seins, dans le prolongement de ses aisselles, jusqu'au nombril et sur les cuisses. Elle luisait de cette mauvaise humidité, mais qui ne l'arrêtait pas dans sa folle course sans but. Le tissu sur sa poitrine se balançait, menaçant à chaque instant de découvrir le trésor qu'il cachait ; quand elle se courbait trop en arrière, il absorbait l'eau salée de sa peau et laissait deviner, sous cette nouvelle transparence, les contours d'un sein dilaté par la chaleur. Ces détails se plaçaient sans doute parmi ceux les plus remarqués et appréciés de la foule ; elle pourtant n'y songeait pas : se redressait, repartait. Sans pudeur, mais sans provocation, Lola.

Deux morceaux s'enchaînèrent encore avant que la lumière baissât. Elle ne salua qu'à peine, d'un las mouvement du front, et fit fuir ses fesses ondulantes jusqu'à la loge. Là, exténuée, elle se laissa aller sur une chaise un peu bancale, s'épongea le corps et le visage d'une serviette qui traînait là, essuya son maquillage, attacha ses cheveux désormais humides. Malgré la chaleur qui l'écrasait plus que jamais, elle enfila son grand manteau sur ses épaules atteintes d'un tremblement fébrile – l'effort, la fatigue.

Et Sagar, épuisée et malodorante, rejoignit la salle où, en attendant sa prochaine danse, elle distillerait sa lassitude. Appuyée au comptoir avec un coude à l'angle brisé, elle fit signe au serveur ; cligna des yeux, souffla d'une voix rauque :

    « Tu m'apportes un café s'te plaît ? Serré. »


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Mihael Dickinson
Haste makes Waste
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MessageSujet: Re: Ainsi se fânent les étoiles | Pv   Lun 22 Nov - 20:19

[J'ai réussiii ! *ROAR* Et en cadeau pour ta patience, un fouet. Désoléééé. ;____;]

Certaines personnes lui sont agréables, quand même. Celles qui ne cherchent pas nécessairement sa sympathie mais qui l’obtiennent ; parce que l’éloignement rend joli, ou moins laid ; la réserve et la délicatesse de ne pas s’imposer aux autres, c’est avec ça qu’on le charme, Mihael ! Il aime les âmes muettes et les cœurs calfeutrés.
A quoi ça sert, des cœurs qui battent trop fort ? Après, ils ne s’entendent plus entre eux, un peu comme les hommes, quoi, et tout est triste ; aucune chance, dans le vacarme, d’entendre les cœurs plus timides, même quand les corps s’exhibent. Lola, par exemple. Elle danse, on la voit, elle halète, mais son cœur, même s’il cogne à tout rompre contre sa poitrine, on ne l’entend pas. C’est ça, quelque part, qui doit faire son intérêt – on a envie d’entendre, de savoir ! Parmi d’autres petits trucs dont on ne se doute pas.

Vous l’aurez compris, Mihael est ivre.
L’alcool, c’est quelque chose qu’il vit très bien… Avec philosophie, diront les langues indulgentes. Et pourtant. Une voix dolente dans la tête, le geste las, un poids au bout de chaque doigt, il se saisit d’olives rafraîchissantes avec l’idée qu’elles apaiseront, rien qu’un peu, le tourbillon de son esprit. Il y a quelque chose d’infernal, ce soir. Une arrière-pensée, peut-être, qui mord sa tranquillité aux flancs et l’attire dans les noirceurs de la tourmente. Il ne se souvient plus. Un mot, un regard ? De la méchanceté, de l’impatience. Il se sent la légèreté spasmodique et sans espoir d’une bouteille à la mer. La vanité l’affecte, lui que rien n’entame jamais. Amours malheureuses, se dit-on en le regardant – pour peu que l’on puisse regarder vraiment, avec des saletés plein le nez. Mihael, il n’est plus si affable. Juste mal luné, qu’il murmure, et il décoche ce sourire peiné qui donne honte ; on ne veut plus lui reprocher quoi que ce soit.

Cependant, les malheureux occasionnels ont un sens pratique qui les sauve de nombreuses dépressions inopportunes. Il leur suffit, pour se mettre à l’abri, de manger un peu du malheur des autres, ainsi ne pensent-ils plus à eux-mêmes, ils gémissent par procuration. C’est égoïste, intéressé et parasite, mais ça fait du bien partout. On ne trouve pas de meilleur confident qu’un type qui puisse se nourrir de vos peines – qu’est-ce que ça fait, de savoir qu’elles ne servent pas qu’à vous ? Le malheureux occasionnel le sait, lui, pourquoi croyez-vous qu’il ne se confie jamais ? Plutôt pourrir en silence que de partager un bienfait. Les gens peuvent dire ce qu’ils veulent : l’égoïsme spirituel sera toujours plus noble que l’égoïsme matériel.
Ah ! Rêverie noire. Se noyer, c’est tout de même de mauvais goût. Alors Mihael regarde Lola, et Lola ne regarde pas Mihael. C’est tant mieux. Il la regarde, oui, danser et n’avoir délibérément d’attention pour rien ni pour personne. L’alcool lui donne une sorte de perception mystique. Il lui semble voir un peu tout. Les veines gonflées d’un feu courant, la gorge qui palpite – il a envie de refermer sa main dessus, comme sur une souris, pour la sentir frémir. Lola… Il ne sait pas trop. C’est un genre de fluidité bizarre. Une grâce sèche ? Il délire encore. La quitte des yeux. Ce soir, d’autres fantasmeront à sa place. Il est intègre, Mihael, ses yeux ne sont jamais trop doux envers les employés, ses mains, jamais trop impérieuses. Et puis Lola, c’est particulier. Elle l’attendrit.

Une minute, juste derrière, le temps de se passer de l’eau sur le visage. Ca ne lui fait rien, sans surprise, mais qu’importe ; l’ébré… l’ébr… l’é-bri-é-té l’amuse, il rit intérieurement d’avoir la gueule froide mais de n’être pas tout à fait lucide. Il revient à son sempiternel comptoir, voit approcher Lola, lui sourit. Y a comme une odeur de vieux cuir trempé. Sur elle, sur sa nuque, à la naissance de ses cheveux, et aussi sous son manteau où l’odeur et la chaleur doivent se condenser. Non, ça n’le répugne pas. Lola, elle pourrait sans doute faire revenir la pilosité féminine à la mode. Blague à part.
Il lance un
« Ouaip. » par-dessus son épaule, charge le canon à café, se cramponne à la gâchette, ça pète, ça siffle, ça coule, puis ça fume. Un peu comme la voix de Lola.
L’odeur du café lui tranquillise l’esprit – dedans, ce n’est maintenant plus qu’une lumière tamisée.
Il se retourne, largue la tasse devant Lola et se met de nouveau à la regarder, juste histoire d’ignorer le reste.
Puis il se rend compte. C’est quand même tragique, le Rêves. Il ne peut même pas lui dire, à Lola, flatteur mais l’air de rien : « Alors, personne t’a encore invité à dîner ? » Ici, ce n’est jamais bon signe. Il la regarde. Et décide malgré tout de faire le con. De laisser là réserve et délicatesse, regardez plus haut.

« Tu dois encore danser ? Et demain, tu danses ? Ou ce serait pour après-demain. J’t’explique. Il jette un œil à droite, à gauche puis se penche un peu en avant. Y a quelque chose qui m’demande de t’inviter à dîner. Ou à déjeuner. C’est comme tu veux. Quand tu veux. »

Et si elle ne veut pas ?
… Qu’est-ce que vous avez dit ?
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